L'année du syndicalisme: Ramons ensemble pour éviter de tourner en rond!

10 janvier 2014 - Si vous avez lu les journaux de ce début de mois de janvier, vous avez sûrement pris connaissance de la position des différentes grandes centrales syndicales telles que la FTQ, la CSN et la CSQ face aux politiques du gouvernement fédéral visant à déstabiliser les regroupements de travailleurs. En ce début de ce qu'on voudrait être l'année du syndicalisme et à titre de vice président du SPPRUL-CSQ, je vous invite à une réflexion sur comment protéger nos acquis, que l'on soit à gauche ou à droite de l'échiquier politique.

D’un côté, madame Louise Chabot, présidente de la CSQ, dénonce les politiques antisyndicales qui réduisent le pouvoir d’agir des syndiqués, la CSQ voulant faire de l’année 2014 celle du syndicalisme. De l’autre, monsieur Jacques Létourneau, président de la CSN, veut permettre aux Canadiens et Canadiennes de comprendre qu’actuellement le gouvernement fédéral tente de déconstruire l’état social et les acquis sociaux. Également, monsieur Daniel Boyer, président de la FTQ, affirme que son organisation luttera âprement contre les politiques anti-travailleurs. Ainsi, la FTQ défendra la formule Rand, les régimes de retraite à prestations déterminées et les crédits d’impôts accordés au fonds de travailleurs.

Ceci dit, les révélations faites à la commission Charbonneau n’aident pas la cause syndicale. À Québec, les échanges publics entre le maire et les syndiqués de la Ville ternissent les savoir-faire et savoir-être du monde des relations du travail et ce, autant du côté patronal que syndical. Aujourd’hui, la présidente de l’Association hôtelière de la région de Québec, Michelle Doré, dit que le milieu syndical doit retenir un message de la disparition du Concorde car les coûts d’exploitation seraient trop élevés empêchant ainsi la compétition avec les hôtels d’ailleurs sur la planète. Aussi à Québec, les attaques systématiques de la part de certains radiodiffuseurs contre les groupes de travailleurs syndiqués troublent quelque peu l’ordre public. N’oublions pas que ce sont les mêmes radiodiffuseurs qui encouragent les automobilistes à remettre à leur place cyclistes et usagers du transport en commun…

Bref, le milieu syndical a le dos large et il semble de bon ton d’y casser du sucre. Certainement, la montée de l’individualisme dans nos sociétés n’est pas étrangère à cette mode et les gens de la droite utilisent habilement cette tendance à leur avantage. Et étrangement, les gains obtenus par les actions des groupes de travailleurs comme les congés parentaux, les normes minimales de conditions de travail, le salaire minimum, les règles en matière de santé sécurité au travail, les services de garde, les services de santé, l’éducation, tout cela a disparu de la conscience sociale. Pourtant, ces éléments sont devenus des incontournables de notre société québécoise, tous les Québécois forgent leur avenir et celui de leurs enfants sur ces acquis.

Brigitte Breton du journal Le Soleil résume bien la situation actuelle en écrivant qu’il faut une méconnaissance des gains sociaux acquis grâce à la contribution et à la détermination des syndicalistes, ou vouloir surfer sur le sentiment antisyndical ambiant, pour croire que tout ira mieux pour monsieur et madame Tout-le-monde si les méchants syndicats étaient condamnés au mutisme et à l’inaction.

Au SPPRUL-CSQ, nous formons un regroupement de travailleurs du savoir qui a une très courte histoire syndicale et pourtant les gains que nous avons obtenus durant cette période sont très enviables. Ce que la syndicalisation a permis pour nous, c’est d’établir un équilibre entre les forces employeur et salariés.

Une part importante de ces améliorations découle d’une application plus professionnelle de la gestion des ressources humaines. À ce sujet, l’étude sur la situation des professionnelles et professionnels de recherche (PPR) démontre, entre autres, qu’il y encore beaucoup à faire en gestion des ressources humaines dans le secteur de la recherche universitaire et ce, autant à l’Université Laval que dans les centres affiliés.

Curieusement, malgré le jeune âge de notre syndicat et de nos acquis récents, notre groupe n’échappe pas aux tendances. Les préoccupations individualistes persistent et les gens oublient facilement que les conditions de travail actuelles ont été laborieusement gagnées. Il est important de rester informé et surtout d’avoir un esprit critique face à toute information.

En cette année du syndicalisme, je vous rappelle que, tant du côté de l’employeur que du côté des salariés, tous tirent profit de la prospérité de l’entreprise. Nous sommes tous dans la même barque. Il s'agit maintenant de s'assurer que les profits générés soient partagés de façon équitable et surtout dans le respect des droits de l'employeur et de ceux des salariés. Et dans une embarcation, pour avancer, il faut équilibrer la force de la rame de droite sur celle de gauche, sinon on tourne en rond. Par ailleurs, que l'on tourne en rond à droite ou à gauche, les résultats seront les mêmes, on n'ira pas loin!

Luc Caron
Vice-président SPPRUL-CSQ

1 La Presse, 6 janvier 2014
2 Mélanie Marquis, La Presse, 7 janvier 2014
3 Hugo Prévost, La Presse, 5 janvier 2014
4 Matthieu Boivin, Le Soleil, 8 janvier 2014
5 Brigitte Breton, Le Soleil, 7 janvier 2014